Justin Many Fingers Partager sur Facebook Partager sur del.icio.us

Justin Many Fingers est un jeune acteur prometteur qui est sur la bonne voie d’être destiné à connaître une brillante carrière. Justin est solidement arrimé à sa tradition de Blackfoot, et il est la preuve qu’une famille et des pairs qui offrent leur soutien jouent un rôle clé en lui ayant permis de conserver un équilibre entre ce qu’il est, et ce qu’il souhaite devenir. Alors que Justin se lance dans sa carrière, il est remarquable d’entendre comment il a systématiquement puisé à ses sources en tant que personne de la tradition afin de maintenir sa force et sa vigueur et sa confiance en soi, tout en relevant les défis que soulèvent une carrière dans le monde des comédiens.

Interview (transcription)

Je m’appelle Justin Many Fingers. Je viens de l’Alberta, je suis Blackfoot. Je n’avais jamais fait de théâtre de ma vie, jamais, et un jour, j’ai reçu un appel de gens que je connaissais de là où j’ai grandi, pour me parler du Centre for Indigenous Theater. Ils offraient un programme d’été en août, et ils m’ont demandé si je voulais m’inscrire. Je m’attendais à faire du son ou de l’éclairage. Et fin de compte, c’était strictement du théâtre, un programme intensif de deux semaines. J’ai détesté ça la première journée. Et je me demandais, « qu’est-ce que je vais ici? Je n’ai aucune formation d’acteur. Je m’attendais à faire de l’éclairage. Mais bon, on m’a déposé ici. Je suis là jusqu’à 21h ce soir, pourquoi pas participer? » À la fin de la soirée, j’avais complètement changé d’avis, et j’ai décidé de rester. Ensuite j’ai participé au programme de deux semaines, et ça m’est venu très facilement et naturellement. C’était un vrai défi, mais dans le bon sens du mot. J’ai été capable de le faire, et d’y réussir. Justin Many Fingers

Mes deux parents sont autochtones de sang pur. J’ai vraiment intégré les pratiques spirituelles dans ma vie. J’ai grandi entouré de mon grand-père et de ma grand-mère et de toute ma famille, et j’ai participé aux sueries et aux autres cérémonies. La plupart des gens que j’ai rencontrés ici sont encore en train de chercher qui ils sont, et je me sens vraiment privilégié de savoir qui je suis, et je me sens bien équilibré, même dans cette grande ville qui a son côté frénétique. Je sais qui je suis, et je me respecte.

J’ai beaucoup appris sur moi-même. À l’école, j’ai appris toutes sortes de nouvelles disciplines; il y a cours de mouvement, un cours de combat, un cours sur le jeu d’acteur et un cours de voix. Je me sens très centré, comme on dit. J’ai beaucoup appris sur moi-même et ce dont je suis capable, et certaines choses que je n’aurais jamais imaginé pouvoir faire.

J’ai toujours considéré que le jeu d’acteur consistait à mémoriser ses répliques et à les répéter. Mais c’est bien plus que ça. Il y a l’évolution du personnage qui se fait par le biais de ta voix, de tes expressions au niveau du visage, et de ta capacité de créer des personnages. Voilà ce que j’aime par-dessus tout.

Au fur et à mesure que je me perfectionne en tant qu’acteur, je dirais que je suis un trait d’union qui permet à l’auteur d’exprimer son récit ou de partager son histoire avec moi. On me dit parfois, « tu pourrais te servir de ça dans ton jeu d’acteur », c’est-à-dire de créer tout un univers à partir de contes et de légendes, pour que les gens réalisent que nous, les Autochtones, ne sommes pas tous morts et que nous vivons toujours. On ne vit pas tous sur des réserves, et on peut cohabiter dans votre monde. Les contes et les histoires des peuples autochtones ont une grande signification et beaucoup de profondeur; pour la plupart, ces histoires ne sont pas inventées.

Je me sens très bien dans cette nouvelle communauté, dans cette nouvelle famille, avec des comédiens, des écrivains, et des metteurs en scène. On arrive à connaître les gens, et c’est très bien, on se sent bien dans sa peau en tant qu’Autochtone. Quand je suis arrivé, je me disais, « il n’y aura pas beaucoup d’Autochtones ici comparé à chez moi. » Je n’étais jamais venu ici, et j’avais surtout pas envisagé d’y déménager. Ce que je connaissais de Toronto, je l’avais vu à la télévision. La communauté autochtone à Toronto est très solide, et tout le monde veut s’entraider, offrir ce qu’il ou elle peut. C’est ce que j’apprécie à Toronto.

Ne renonce surtout pas. Il faut se lever le matin et franchir la porte et regarder autour, et rencontrer des gens. Si on t’offre quelque chose, tu l’accepte avec respect et tu t’en souviens, et cette attitude te servira plus tard dans la vie.

Pour ma part, je ne me serais jamais imaginé en tant qu’acteur. Mais en fait, j’aime beaucoup ça, et je réussis assez bien. Je suis parti de la maison, j’ai quitté ma famille. Je n’avais jamais habité seul, alors c’était un grand pas à franchir, mais le risque en valait bien la peine, parce que je peux toujours rentrer chez moi.

Retour à la version abrégée de l’interview avec Justin

Parcourir la liste d’artistes : Prairies

Parcourir la liste d’artistes : théâtre , danse