Santee Smith
Santee Smith est la directrice artistique et chorégraphe de la compagnie Kaha:wi Dance Theatre. Cette troupe s’est donné pour mission de « créer et de promouvoir une expression artistique qui reflète et rend hommage l’esthétique culturelle et à la vision planétaire autochtone ». Au-delà des nombreux prix qu’elle s’est méritée, Santee s’est distinguée en devenant une force incontournable de la danse contemporaine sur les scènes nationale et internationale. C’est dans son héritage culturel haudenosaunee qu’elle puise son inspiration et qu’elle choisit ses thèmes. Dans son œuvre, la transformation et la communication exprimées dans le mouvement, touchent les danseurs d’abord, puis le public, en attente de son initiation.
Interview (transcription)
Je pense que pour moi, la réussite artistique c’est de pouvoir créer et réaliser ma vision, à partir de la première idée qui m’est venue, jusqu’à la production finale de la danse, au théâtre. Pour moi de pouvoir passer par ce procédé de création et d’exploration, c’est une forme de succès. 
Pour notre compagnie, par exemple, Kaha:wi Dance Theatre, le succès veut dire autre chose. Ça veut dire : atteindre d’autres publics, de nouveaux publics, et faire connaître la compagnie à une plus grande échelle. Alors il y a une différence entre avoir du succès en tant qu’artiste individuel, et être un organisme qui a du succès, et comme c’est moi qui dirige, artistiquement, il faut que je voie les deux aspects. Je pense que les critères du succès varient d’une organisation à l’autre, et d’un artiste à l’autre, parce que les gens ont différentes valeurs. Peut-être que de travailler dans la communauté, c’est plus important pour certains que de travailler dans les grands courants populaires. Chacun a ses buts particuliers, des objectifs qu’ils ou qu’elles veulent réaliser en tant qu’organisation, et je pense c’est là que ça varie.
Pour moi, le procédé, quand je pense au procédé que j’ai suivi pour devenir une artiste individuelle et créer mes œuvres, et commencer à m’investir dans mon art, je pense que j’ai carrément sauté dedans. Sans penser aux répercussions. Je me suis lancée de l’avant, je voulais passionnément apprendre, et je pense que c’est ça qui m’a aidée tout le long de mon parcours. Parce que je pouvais écouter les gens, et faire de la recherche sur ce que je voulais faire. Comment je pourrais le faire.
Par exemple, de quelles ressources j’aurais besoin; et je fais encore ça aujourd’hui. Je regarde ce que c’est, si j’ai quelque chose que je veux faire et comment je vais pouvoir le faire. Et maintenant, quelle est la meilleure façon, pour moi, d’accomplir mon but final? Et quand j’y pense maintenant, tout le temps, quand je regarde en arrière, j’me dis « Wow, ça c’était courageux… T’as juste foncé et tu l’as fait! »
Je pense que je ne me suis pas arrêtée pour y penser, et c’est là, je crois, qu’il y a une différence entre faire et penser, et souvent, pour moi, l’important c’est de faire, et pas juste penser de le faire et se dire « Je vais faire quelque chose .» Il faut passer au stage de l’exécution, et voir la chose se réaliser. Moi, je crois en un univers créatif et je crois, qu’en tant qu’êtres humains, on vit ce passage terrestre en tant qu’êtres créatifs dans un univers créatif. Je vois tout ce que nous faisons, surtout dans les arts, et on peut harnacher cette créativité là, l’explorer, c’est ça le travail de l’artiste : trouver cette liberté dans la créativité et l’explorer.
J’aime beaucoup le travail de collaboration avec d’autres artistes. C’est un grand défi parce qu’on doit partager une vision, et négocier à l’intérieur de cette vision. Mais c’est aussi très gratifiant parce que ça te force à penser et à te développer afin de travailler de façon différente et ensuite, t’es surpris des résultats.
Parfois c’est très difficile parce que tu es en rapport avec d’autres gens et il peut y avoir des luttes de pouvoir. Mais en fin de compte, si tu choisis bien ton collaborateur ou ta collaboratrice, quelque soit la personne avec laquelle tu travailles sur un projet conjoint, parfois c’est absolument fabuleux, comme c’est supposé être, et tout est harmonieux mais d’autres fois, c’est un peu plus difficile. Dans mon travail artistique personnel, je pense qu’il y a eu une maturité qui a pris place, et c’est un but que je m’étais fixé dès les débuts : m’assurer de cette évolution. De ne pas rester statique, au même endroit, mais d’être ouverte à l’exploration et à l’expérimentation, et de cette façon, chaque œuvre est différente de celle qui l’a précédée.
Ma première production m’a demandé 5 ans de travail de création, à partir de l’idée initiale jusqu’à la fin. Maintenant, je travaille sur un cycle de deux à trois ans. Je connais mieux les astuces du métier et je suis en mesure d’administrer les choses un peu mieux.
Ce qui me fait le plus plaisir dans mon travail c’est d’être en studio, et de faire le vrai travail, dans le studio de danse. Bien sûr qu’on devient fatigués, mais c’est la joie et c’est le don, et je pense que tout le monde a un don spécial, et quand tu le découvres, ton travail devient ton jeu et le temps s’envole. Tu vois tout le monde qui se fatigue, autour de toi, mais toi tu continues et quand tu t’arrêtes et que tu t’assoies, c’est à ce moment là que tu réalises à quel point tu es fatiguée, et ça, pour moi, c’est l’inspiration et c’est la partie plaisir.
Notre compagnie connaît présentement une croissance très rapide. Artistiquement. Et nous avons beaucoup d’opportunités et de grandes chances de succès et de plus de croissance. Ce qui nous manque ce sont de plus grandes forces du côté administratif, du côté affaires; ce que nous voulons c’est d’avoir une infrastructure administrative d’appui, des gens qui viendraient appuyer notre organisation afin qu’on puisse profiter d’autant d’opportunités que l’on peut, et c’est ça qui est frustrant, parce que quand tu vois que tu n’as pas les ressources nécessaires pour faire ce que tu veux faire, et que tu peux voir où tu pourrais être si tu les avais, c’est vraiment frustrant.
Pour les artistes en émergence, je dirais d’investir beaucoup de temps dans votre vision. La vision est la chose la plus importante et je pense que tout le monde a sa propre vision. Il faut y rester fidèle, quoi qu’il arrive. C’est ça qui va vous emmener du point de départ du procédé créatif, jusqu’à la fin; le fait d’avoir cette vision et de pouvoir la communiquer, même si elle implique différents genres.
Que ce soit les arts visuels, ou de la danse, ou du théâtre, ou de la musique. L’important c’est de le communiquer aux gens. L’univers, lui-même, est créatif, il se répercute sur les humains, puis, culturellement.
Cette idée que nous avons, qui dit que nous venons du ciel, c’est notre mythe iroquois de la création, c’est tout ce thème de la création, de la création de la vie. La création et la continuité de la vie, et je pense que c’est ce que je fais, je perpétue la vie, en sorte, en célébrant la vie et en essayant d’harnacher les forces créatrices qui se trouvent partout, autour de nous.
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